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PLAYGROUND

DESSINER • PARTAGER • EXPÉRIMENTER

INTRODUCTION

 

Depuis plusieurs années, je développe des ateliers à partir d’un dispositif de dessin que j’ai élaboré pendant mon adolescence. Initialement conçu comme une forme d’écriture personnelle, il est progressivement devenu un espace de création collective et un outil d’exploration de nos manières de percevoir, d’organiser et de représenter le monde.

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À travers ces expériences, je m’intéresse à la manière dont un cadre commun peut révéler une multitude de façons de penser et de créer.

01. DESSINER PAR FRAGMENTS

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D’une écriture personnelle à un dispositif de création collective. J’ai commencé à dessiner de cette manière à mon arrivée en France, à l’âge de douze ans. Ne parlant pas encore français, le dessin est devenu pour moi une forme d’expression, située entre l’écriture et l’image.

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Sur des feuilles A4, je dispose de petites cases d’environ 2,5 cm de côté, organisées en colonnes légèrement décalées. Je commence en haut à gauche, descends jusqu’au bas de la feuille, puis reprends en haut de la colonne suivante.

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Chaque case accueille une image, un signe, un mot, un souvenir ou une invention. Leur succession compose une sorte de journal dans lequel différentes temporalités et réalités peuvent coexister. Ce qui était initialement une manière d’organiser mes idées est progressivement devenu un dispositif que j’ai souhaité partager avec d’autres.

02. LE PETIT FORMAT

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Une méthode pour penser et créer.

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La petite dimension des cases réduit l’enjeu de chaque intervention et permet de multiplier les tentatives. Chaque fragment constitue un moment de pensée, tout en participant à une organisation plus vaste.

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Une image devient le point de départ d’une autre, un motif revient, se transforme ou disparaît. Le dessin se construit progressivement, sans que sa forme finale soit nécessairement connue à l’avance.

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Au fil des années, cette pratique est devenue une méthode de travail qui me permet de recueillir des idées, de suivre leurs transformations et de produire des relations entre des éléments initialement dispersés.

03. UNE PREMIÈRE EXPÉRIENCE EN MILIEU HOSPITALIER

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Un même cadre, plusieurs manières d’entrer dans le dessin.

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J’ai partagé ce dispositif pour la première fois dans un hôpital psychiatrique de jour en Bretagne, en invitant patients, infirmiers et médecins à dessiner ensemble. Tous disposaient de la même feuille et des mêmes outils, mais chacun abordait le dessin différemment. Certains remplissaient spontanément les cases, d’autres les débordaient, comptaient, répétaient des signes ou représentaient des figures familières.

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Cette expérience a profondément transformé mon regard sur mon propre travail. J’ai découvert qu’un dispositif initialement conçu pour organiser mes pensées pouvait aussi devenir un moyen d’observer différentes manières d’aborder une consigne, un espace et une situation de création. Une question est alors apparue : comment un même cadre peut-il donner naissance à des organisations graphiques aussi différentes ?

04. OBSERVER CE QUI PERSISTE

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Ateliers en collège et exploration de différentes techniques.

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J’ai ensuite développé des ateliers pendant trois mois avec des élèves d’un collège en Île-de-France, âgés d’environ douze ou treize ans, l’âge auquel j’avais moi-même commencé cette pratique. En proposant successivement le dessin, la peinture et le collage, j’ai cherché à observer ce que le changement de technique modifiait dans leur manière d’organiser les formes. Certaines tendances semblaient persister malgré ces changements : répétitions, regroupements, symétries, dispersions ou occupation particulière de la feuille. Ces observations m’ont conduit à m’interroger sur l’existence d’habitudes graphiques et sur la manière dont elles se construisent et se transforment au cours de nos expériences.

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Trois exemples d’organisation dans la grille :

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À gauche : organisation en colonnes

Au centre : des dessins abstraits forment une figure

À droite : organisation symétrique

05. COMPARER LES PRODUCTIONS

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Un cadre commun, plusieurs logiques.

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  • Certains participants organisent les motifs en colonnes, d’autres répètent un même signe, associent des mots et des images ou développent une composition qui traverse plusieurs cases. Certains suivent la grille, d’autres la détournent ou l’ignorent.

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  • Ces différences révèlent une multitude de façons d’établir des relations entre les éléments : répéter, regrouper, séparer, hiérarchiser, relier ou laisser un intervalle.

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  • En observant ces productions, je cherche à comprendre comment se construisent nos manières personnelles d’organiser les formes et, plus largement, de percevoir le monde.

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Deux dessins réalisée par deux persones qui n'ont à priori rien en commun mais qui s'organise dans l'espace de la même façon.

06. DU DESSIN À LA CRÉATION COLLECTIVE

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Le dessin comme point de départ d’un projet commun.

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Lors d’un atelier avec un groupe de chercheurs en sciences cognitives, j’ai proposé aux participants de disposer leurs dessins au sol et de les rapprocher selon leurs affinités formelles : répétition, écriture, couleur ou organisation de l’espace.

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Ce classement collectif a fait apparaître des rapprochements inattendus entre les productions. J’ai ensuite invité chacun à se placer près de son dessin, constituant ainsi de nouveaux groupes de travail.

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À partir de ces regroupements, les participants ont développé un projet commun, chacun prolongeant une opération présente dans son propre dessin.

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J’ai renouvelé cette expérience avec des étudiants en école d’art. Elle m’a permis de considérer le dessin non seulement comme une production individuelle, mais aussi comme un moyen de faire émerger de nouvelles formes de collaboration.

07. LE DOUBLE ÉPISTÉMIQUE

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Vers une généalogie de la perception.

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Je développe actuellement un projet expérimental qui prolonge ces ateliers en associant le dessin à l’enregistrement de certaines données corporelles.

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À l’aide d’une tablette, d’un stylet et d’un capteur d’activité électrodermale, le dispositif permettrait d’enregistrer le déroulement du geste, les pauses, les répétitions et certaines variations physiologiques pendant la réalisation du dessin. À partir de ces données serait produite une seconde image, que j’appelle le « double épistémique ». Les variations enregistrées seraient traduites en couleurs selon une convention définie, faisant apparaître une autre représentation du processus de création. L'objectif de ce projet est de réussir à explorer les relations entre les formes produites, les gestes qui leur donnent naissance et l’expérience vécue par la personne.

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Cette recherche s’inscrit dans une interrogation plus large que j’appelle une généalogie de la perception : comment nos manières de regarder, de sélectionner et d’organiser les formes se construisent-elles à travers nos expériences ?

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Le double épistémique ouvre également une question sur la mémoire et la persistance des traces : que peut-on conserver d’un moment vécu, et que nous échappe-t-il lorsqu’une expérience devient une représentation ?

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Exemple d’un dessin et de son double épistémique.

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À gauche : grille vide

Au centre : dessin réalisé par une personne

À droite : dessin coloré en fonction des variations de l’activité physiologique enregistrées au moment de la réalisation de chaque case.

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