
Sepand Danesh
Une Encyclopédie de l'imagination
Ma pratique du dessin trouve son origine dans mon expérience de l’exil. Arrivé d’Iran en France à l’âge de douze ans, sans parler français, j’ai trouvé dans le dessin une manière de m’exprimer lorsque les mots me manquaient. Il me permettait de maintenir un lien entre ce que je vivais intérieurement et ce que je pouvais partager avec les autres. J’ai commencé à remplir des feuilles de petits dessins, de signes et de mots, comme une forme de journal personnel situé entre écriture et image. Les souvenirs, les perceptions du présent et les mondes imaginaires pouvaient y coexister, sans qu’il soit nécessaire de les organiser dans un récit linéaire.
Progressivement, cette pratique a pris la forme d’un dispositif précis. Sur des feuilles A4, je dispose de petites cases d’environ 2,5 centimètres de côté, organisées en colonnes. Je commence en haut de la colonne de gauche, descends jusqu’au bas de la feuille, puis reprends en haut de la suivante. Les colonnes sont légèrement décalées verticalement, en quinconce. Ce décalage évite l’alignement régulier d’un quadrillage orthogonal et rend plus lisible la succession des dessins. La feuille devient à la fois une surface de composition et un espace de parcours. Chaque case accueille une image, un signe, un mot ou une invention. Leur succession fait apparaître des associations, des scénarios et parfois des réalités imaginaires dont je ne connais pas à l’avance la forme.
La petite dimension des cases joue un rôle essentiel. Elle réduit l’enjeu de chaque intervention et me permet de multiplier les tentatives. Je peux commencer par un trait, une forme ou un signe, puis poursuivre ailleurs. Le dessin se développe à travers une succession de décisions modestes, dont l’accumulation produit une complexité que je n’aurais pas nécessairement pu concevoir d’un seul geste. Fragmenter devient une manière d’aborder ce qui ne peut être formulé en une seule fois. Chaque case constitue un moment de pensée, mais son sens peut se déplacer au contact des suivantes. Une image devient le point de départ d’une autre ; un motif revient, se transforme ou disparaît. Certaines séquences construisent un récit, d’autres restent ouvertes.
Ce dispositif me permet d’observer la manière dont mes idées apparaissent, s’associent et se transforment au fil du dessin. Le geste peut se rapprocher du gribouillage ou d’une écriture spontanée, tout en s’inscrivant dans un cadre que j’ai choisi. Au fil des années, j’ai constitué un corpus très important de ces dessins, dont le volume exact reste à inventorier. Cette continuité a progressivement fait du dessin par fragments une méthode de travail, où chaque élément conserve son autonomie tout en participant à une organisation plus vaste.
























