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RECHERCHE

Entre deux mondes :
Formes, expériences et dispositifs du passage

Ma recherche se situe à la croisée des arts plastiques, de la philosophie, de l'architecture et de l'anthropologie.

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Elle prolonge une pratique artistique développée depuis plus de vingt ans autour de la fragmentation, de la mémoire, de la perception et de la transformation des formes.

À travers le dessin, la peinture, la sculpture et les environnements numériques, je m'intéresse à la manière dont nous construisons notre rapport au monde, dont nos expériences transforment notre regard et dont certaines formes persistent malgré les déplacements et les changements.

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Cette recherche trouve son origine dans mon expérience de l'exil, mais dépasse progressivement la dimension autobiographique pour interroger une question plus générale : comment traverse-t-on un espace, une culture, une mémoire ou une identité sans en sortir tout à fait indemne ni demeurer entièrement le même ?

LE PASSAGE

​Une dynamique de transformation

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Le passage est au centre de ma recherche. Il ne désigne pas uniquement le déplacement d'un lieu vers un autre, mais aussi les transformations qui accompagnent toute expérience de transition.​ Quitter un pays, apprendre une nouvelle langue, grandir, perdre quelqu'un ou modifier sa manière de regarder sont autant d'expériences qui interrogent les relations entre continuité et rupture.​ Ces passages ne produisent pas nécessairement un état définitif. Ils peuvent laisser coexister plusieurs temporalités, plusieurs appartenances et plusieurs manières de percevoir. Je cherche à comprendre comment les formes artistiques peuvent accueillir ces expériences et rendre perceptibles les tensions entre ce qui demeure, ce qui disparaît et ce qui se transforme.

LE COIN

Degré zéro de l'architecture​​

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Depuis une quinzaine d'années, le Coin constitue une structure récurrente de ma peinture.

Formé par la rencontre de deux murs, sans sol ni plafond, il compose une architecture volontairement incomplète. Il délimite un espace tout en laissant ouverte la possibilité de le prolonger mentalement. Le Coin est pour moi un espace paradoxal : le corps s'y trouve arrêté, tandis que l'imagination peut s'y projeter. Des personnages, des objets, des souvenirs et des références à l'histoire de l'art y cohabitent, parfois sans appartenir aux mêmes lieux ni aux mêmes époques. Dans ma recherche, le Coin devient un dispositif permettant d'interroger les relations entre espace vécu, espace représenté et espace imaginé. Il pose une question centrale : comment une limite spatiale peut-elle devenir une condition de transformation de notre regard ?

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ESCAPE — Peinture mixte sur toile / 145 x 200 cm / 2015

DU FRAGMENT À LA FORME​​

Décomposer, recomposer, transformer.

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Le fragment occupe une place fondamentale dans mon travail. Il apparaît d'abord dans mes dessins, constitués de petites unités graphiques, puis se développe dans mes peintures à travers le Cube, une forme élémentaire permettant de construire et de déconstruire des figures, des objets et des architectures. Chaque unité possède une existence propre, mais peut également participer à un ensemble plus vaste. Cette organisation permet aux formes de se transformer sans nécessairement disparaître. Une figure peut devenir un objet, un corps se prolonger dans une architecture ou une image perdre progressivement sa lisibilité.

Le fragment m'intéresse comme un moyen de penser les relations entre partie et totalité, permanence et métamorphose. Comment une forme reste-t-elle reconnaissable lorsqu'elle se transforme ? Et à partir de quel moment cesse-t-elle d'être ce que nous pensions voir ?

À gauche : DESSIN FRAGMENTÉ — Technique mixte sur papier / 21 x 30 cm / 2015

Au centre : GÉNÉALOGIE — Peinture mixte sur toile / 160 x 130 cm / 2022

À droite : LA PALETTE — Bois peint / 16 x 16 x 44 cm / 2024

UNE GÉNÉALOGIE DE LA PERCEPTION

Comment se construit notre manière de regarder ?

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Nous ne regardons jamais le monde indépendamment de nos expériences. Notre perception se construit à travers l'apprentissage, la mémoire, les images rencontrées, les habitudes corporelles et les environnements dans lesquels nous évoluons. À travers mes ateliers de dessin, j'ai observé que des personnes utilisant un même dispositif pouvaient produire des organisations graphiques très différentes. Certaines répètent des formes, d'autres privilégient la symétrie, la dispersion ou les relations entre plusieurs éléments. Ces observations m'ont conduit à m'interroger sur l'origine de ces manières d'organiser l'espace. J'appelle « généalogie de la perception » cette recherche sur la formation et la transformation de nos habitudes perceptives. En dialogue notamment avec la phénoménologie, je souhaite examiner comment l'expérience vécue participe à la construction du regard et comment la pratique artistique peut rendre certaines de ces opérations perceptibles.

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À gauche : PAUL KLEE, FUNAMBULE — Lithographie / 52 x 38 cm / Legs de Nina Kandinsky, 1981

Au centre : PAUL KLEE ET SON FUNAMBULE — Peinture mixte sur toile / 160 x 130 cm / 2025

À droite : Attribuée à DAN.H, LE FUNAMBULE EN FEU — Peinture mixte sur toile / 35 x 45 cm / 2026

UNE PHÉNOMÉNOLOGIE DE LA PERSISTANCE

Comment ce qui n'est plus continue de se manifester ?

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La mémoire ne conserve pas les expériences sous une forme immuable. Elle les transforme, les réorganise et les fait parfois réapparaître dans des circonstances inattendues. Cette question traverse mon travail depuis ses origines. L'exil m'a confronté très tôt à la persistance de lieux devenus inaccessibles. Plus largement, la disparition d'une personne, d'un espace ou d'une manière de vivre interroge ce qui continue d'exister à travers les traces laissées derrière soi. Une photographie, un objet, un récit ou un geste peuvent prolonger une présence tout en rappelant son absence. Je m'intéresse à cette relation entre disparition et persistance, ainsi qu'aux transformations que produisent les dispositifs de conservation et de transmission. Dans cette perspective, la mémoire n'est pas seulement un contenu à préserver, mais une activité qui transforme continuellement notre relation au présent.

SOULÈVEMENT — Peinture mixte sur toile / 140 x 200 cm / 2015

DAN.H — DE LA CRÉATURE AU CRÉATEUR

L'invention d'un autre regard​

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DAN.H est un personnage fictif né à l'intérieur de mes peintures. Construit à partir de formes élémentaires, il ne possède ni anatomie ni identité définitive. Son corps se transforme, se fragmente et se recompose continuellement. Progressivement, DAN.H acquiert une autonomie fictive et devient lui-même artiste. Il commence alors à produire ses propres images, dont le langage plastique diffère du mien. Ses représentations abandonnent la profondeur et la complexité de son corps pour privilégier des signes simplifiés. Ce renversement m'intéresse particulièrement : une créature imaginée par un artiste devient à son tour créatrice d'images. À travers DAN.H, j'explore les relations entre représentation et perception, entre identité et transformation, mais aussi entre créateur et créature. Peut-on inventer un regard différent du sien ? Et comment cette tentative peut-elle transformer notre propre manière de voir ?

DAN.H & Guernica — Peinture mixte sur toile / 2 x 3 m / 2026

LE DOUBLE ÉPISTÉMIQUE

Entre corps vécu et corps représenté​

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Je développe actuellement un projet expérimental qui associe le dessin à l'enregistrement de certaines variations physiologiques. À l'aide d'une tablette graphique et d'un capteur d'activité électrodermale, il serait possible d'enregistrer les gestes, les pauses et les déplacements d'une personne pendant la réalisation d'un dessin. Ces données permettraient de produire une seconde représentation, que j'appelle le « double épistémique ». Ce double ne chercherait pas à révéler une signification cachée du dessin ni à identifier automatiquement les émotions de son auteur. Il proposerait une autre manière d'observer le processus de création, en confrontant les formes produites, les variations corporelles enregistrées et l'expérience racontée par la personne.

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Cette expérimentation soulève également une interrogation sur la nature des traces numériques. Que devient une expérience vécue lorsqu'elle est transformée en données ? Que peut-on en conserver et que perd-on au cours de cette transformation ? Le double épistémique serait ainsi un outil de recherche sur les relations entre perception, mémoire, corps et représentation.

Trois peintures attribuées à DAN.H :

À gauche : Ref. 1809 — Peinture mixte sur toile / 35 x 45 cm / 2026

Au centre : Ref. 6037 — Peinture mixte sur toile / 35 x 45 cm / 2026

À droite : Ref. 8045 — Peinture mixte sur toile / 35 x 45 cm / 2026

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